Montreal The Canadian Club

André Pratte
Éditorialiste en chef - La Presse

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Cela fait plus de quatre décennies que fédéralistes et indépendantistes débattent de l’avenir du Québec et du  Canada. Au fil d’interminables et infructueuses négociations constitutionnelles, de trois référendums et d’innombrables chicanes et déchirements, le débat a fini par s’enliser. Les deux camps s’échangent les mêmes arguments poussiéreux, figés qu’ils sont dans leurs convictions respectives.

Depuis l’échec de l’Accord du Lac-Meech il y a presque 20 ans, les souverainistes ont généralement eu l’initiative du débat. Ils ont ridiculisé avec succès l’Entente de Charlottetown et tenu le pays en haleine lors du référendum de 1995; ils ont considérablement renforcé leur voix en se dotant d’une aile fédérale; ils ont poussé leurs adversaires dans les câbles à la suite de l’affaire des commandites.

Pendant ce temps, les fédéralistes n’ont jamais vraiment su ou pu prendre le dessus dans le débat. Ils ont d’abord cru que le silence, le « passons à autre chose » aurait raison des indépendantistes; ils se sont retrouvés au bord du précipice. Ils ont ensuite pensé qu’il fallait rendre le Canada plus « visible » au Québec; le projet a dérapé de la manière que l’on sait. La controverse des commandites a non seulement entaché la crédibilité de tous les défenseurs québécois de l’unité canadienne, mais elle a aussi eu sur eux un terrible effet démobilisateur.

En outre, beaucoup de fédéralistes québécois, de même que  les autonomistes de Mario Dumont, conçoivent la relation du Québec avec le reste du pays de la même façon que les indépendantistes. Dans leur esprit, cette relation se résume à une suite infinie de revendications, à une opposition systématique à toute initiative nationale, et à une sorte d’isolationnisme, d’indifférence par rapport à tout ce qui se passe à Ottawa et dans le Canada anglais.

Depuis quelques années, la donne semble changer. Les efforts combinés du gouvernement Charest et du gouvernement fédéral ont permis au Québec de réaliser des gains significatifs. Les élections provinciales de mars 2007 et les complémentaires fédérales de septembre 2007 ont révélé des partis souverainistes affaiblis. Émerge donc un contexte nouveau appelant à un renouvellement des discours politiques. C’est vrai, en particulier, de la pensée fédéraliste. Celle-ci s’est depuis trop longtemps contentée de répondre aux arguments des indépendantistes. Les fédéralistes doivent repenser leurs façons de voir, remettre en question leurs dogmes, et vaincre leur crainte de prendre la parole.

Les auteurs de ce livre viennent d’horizons politiques et professionnels divers. Ils partagent toutefois quatre convictions. Un : ils estiment que le Québec d’aujourd’hui est mieux à même de se développer en demeurant au sein du Canada qu’en cherchant à devenir un pays indépendant. Deux : ils croient que les Québécois doivent changer d’approche dans leurs rapports avec le reste du pays et dans leur vision du fédéralisme, que les revendications constitutionnelles, bien qu’importantes, ne sont pas un priorité immédiate. Trois: ils pensent que les Québécois auraient tout avantage à s’investir davantage dans le reste du pays, à  profiter pleinement de ce que peut offrir l’appartenance au Canada plutôt que de rester sur la ligne de touche. Quatre : ils sont convaincus que le Québec a déjà en main les outils pour relever les défis auxquels il est confronté.

Ce sont ces convictions que chaque auteur a tenté d’exprimer, chacun à sa façon, chacun selon son expertise et son expérience propres. Ce livre n’est pas à proprement parler un manifeste, c’est-à-dire que les auteurs n’ont pas cherché à convenir d’un texte commun. Chaque chapitre est indépendant des autres ; celui qui l’a écrit en est l’auteur unique et le seul responsable.

Certains diront qu’un tel exercice n’est pas utile, la souveraineté semblant être en recul. Ce serait mal comprendre le sens de notre démarche. Cet ouvrage n’en est pas un de combat contre les indépendantistes. C’est plutôt  un appel à la nation québécoise pour qu’elle conçoive autrement le fédéralisme canadien et sa relation avec les autres régions du pays.



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