Impossible de bâtir une entreprise internationale à Rivière-du-Loup ? De faire de la recherche de pointe en région ? D'exercer plusieurs métiers sans s'éparpiller ? Premier Tech a fait mentir chacune de ces idées reçues. Pour son président et chef de la direction, Jean Bélanger, la recette de cette entreprise centenaire tient en trois ingrédients : le goût de bâtir, la tolérance au risque et le travail d'équipe.
Invité du Cercle canadien de Montréal le 28 septembre, Jean Bélanger a tenu à partager la scène avec deux membres de sa garde rapprochée : Albert Dang Vu, vice-président principal et chef des technologies de Premier Tech Digital, et Constance Deschênes St-Pierre, vice-présidente stratégie, planification et durabilité chez Premier Tech. L'entretien était animé par l'ancien premier ministre du Québec Jean Charest, aujourd'hui associé chez Therrien Couture Joli-Cœur.
« C'était plus représentatif de Premier Tech d'être ici à trois que d'être seul », a justifié le dirigeant.
Ce choix n'a rien d'anodin. Chez Premier Tech, l'intrapreneuriat est une marque de commerce : chaque nouveau métier est né de compétences et d'actifs déjà présents à l'interne. Reste à préserver cet esprit au sein d'équipes aux cultures variées, dispersées aux quatre coins du monde. « Tout le défi est de garder vivants l'appétit du risque et l'envie d'oser », souligne Jean Bélanger.
Sous sa gouverne, l'entreprise est passée d'un chiffre d'affaires de 50 millions de dollars en 1989 à plus de 1 milliard aujourd'hui. Elle compte quelque 6 000 équipiers dans 31 pays, exploite une cinquantaine d'usines dans 18 pays et exerce six grands métiers.
Issue de la production de tourbe de sphaigne pour l'horticulture, Premier Tech n'a jamais décidé de « pivoter » lors d'une grande réunion, assure Jean Bélanger. L’entreprise s’est transformée de façon intuitive. En 1983, elle crée une équipe de biotechnologie consacrée à la santé et à la nutrition des plantes. Au début des années 1990, elle lance un deuxième métier : la robotique et l'automatisation des équipements d'emballage.
« On aime fabriquer, mais on aime aussi donner la cadence et maîtriser notre destinée. Le meilleur moyen d'y arriver, c'est de maîtriser les technologies. »
Quant aux sceptiques qui jugeaient ses ambitions irréalistes, sa réponse est simple : « Au lieu de se demander pourquoi ce n'est pas possible, on l'a fait. »
Premier Tech œuvre en biotechnologie depuis 40 ans. Elle détient un portefeuille de quelque 1 500 souches microbiennes et d'ingrédients actifs végétaux, d'abord conçus pour ses substrats de culture afin de renforcer naturellement la résilience des plantes.
Ces ingrédients trouvent aujourd'hui une nouvelle pertinence, explique Constance Deschênes St-Pierre. L'entreprise avait tenté tôt de les introduire en agriculture, sans grand succès à l'époque. Ils servent maintenant à améliorer la santé des sols, à réduire l'usage d'engrais et à stocker davantage de carbone. « Ce sont des ingrédients actifs qu'on a dans notre portefeuille depuis longtemps, mais qu'on est capable, plus récemment, de déployer de différentes façons », précise-t-elle.
La biotechnologie s'est aussi étendue à d'autres métiers de l'entreprise, comme le traitement des eaux usées, où ses biofiltres misent sur des micro-organismes et des matières naturelles. Premier Tech explore désormais des applications en santé humaine et animale. « Ça continue de nous animer », souligne la vice-présidente.
Ses laboratoires de procédés sont installés à Toulouse, un signe parmi d'autres de son enracinement en France. Jean Charest l'a d'ailleurs présenté comme le sixième investisseur canadien en importance dans l'Hexagone, où elle est perçue comme une entreprise française. « Ça a toujours été fondamental pour nous de fabriquer, de maîtriser la science derrière nos produits, mais aussi d'être en contact avec nos marchés. Être local tout en étant global », résume Jean Bélanger.
L'intelligence artificielle (IA) ouvre un autre champ d'expérimentation pour Premier Tech. Albert Dang Vu a expliqué que l'entreprise mise d'abord sur la formation et l'appropriation des outils par ses employés.
« On les tient à jour sur les technologies pour ensuite les encourager à expérimenter des choses », a-t-il précisé. L'enjeu consiste à combiner leur connaissance d'un métier, comme l'horticulture, avec les possibilités de l'IA pour résoudre des problèmes et améliorer leurs décisions.
Premier Tech s'intéresse aussi aux robots humanoïdes. « Pour nous, dans le manufacturier, deux questions se posent : est-ce qu'on peut être plus productif et apporter plus de qualité à la production, et est-ce qu'on peut améliorer la santé-sécurité ? », a résumé Albert Dang Vu.
Réduire les tâches répétitives et les blessures en usine figure parmi les usages envisagés. Ces travaux demeurent toutefois exploratoires : aucune solution n'est attendue d'ici deux ans.
Sur le plan commercial, la guerre tarifaire engagée par l'administration Trump ne remet pas en cause les ambitions de Premier Tech au sud de la frontière. Fondée à New York en 1923, avant de s'implanter au Canada, l'entreprise entretient un lien historique avec ce marché : jusqu'en 1990, 80 % des ventes de son unique métier, l'horticulture, s'y réalisaient.
« Nous, on veut continuer à grandir aux États-Unis. C'est notre marché historique naturel », a déclaré Jean Bélanger. Il refuse de céder à la spéculation, d'autant que les vents de face ne se limitent pas aux tarifs : coût de l'énergie, logistique, accès à certaines matières. Sa réponse passe par la présence sur le terrain et le dialogue avec les clients. « Dans cinq, dix ou quinze ans, espérons que ça ne sera qu'un blip sur la courbe. » Diversifier ses marchés est devenu un impératif pour bien des entreprises dans le contexte actuel. Jean Charest a donc voulu savoir comment Premier Tech y était parvenue, rappelant que les accords de libre-échange ne suffisent pas si les PME ne vont pas elles-mêmes à la conquête de nouveaux marchés.
Chez Premier Tech, l'international s'est imposé tôt. Dès 1989, ses équipes sont parties prospecter en Europe, jusqu'en URSS. Jean Bélanger lui-même, ingénieur industriel de formation, a été envoyé sur la route par ses collègues pour vendre.
Son conseil aux dirigeants : « Il n'y a pas de baguette magique. Si on ne fait pas le premier pas, si on ne prend pas ce risque, chaque journée nous éloigne de notre objectif. »
Engagée dans le cyclisme depuis plus de 30 ans, Premier Tech était partenaire principal des Championnats du monde sur route de l'UCI, qui se terminaient la veille à Montréal. Elle est aussi, depuis cette saison, cocommanditaire en titre des équipes Alpecin-Premier Tech (chez les hommes) et FENIX-Premier Tech (chez les femmes), sur le circuit WorldTour.
Jean Bélanger voit dans ce sport un reflet de sa culture d'entreprise. « Le vélo est une fenêtre sur l'intérieur de Premier Tech : on s'oublie pour qu'un coéquipier traverse la ligne d'arrivée et lève les bras, mais c'est une victoire d'équipe. »
Il mentionne Hugo Houle, présent dans la salle, qui a remporté une étape du Tour de France en 2022 et dont le rôle consiste souvent à aider d'autres coureurs à gagner. « C'est la même chose dans une entreprise. Pendant qu'on vous parle, on a du monde partout sur la planète dans des usines ou chez des clients. Si eux ne font pas du bon travail, on ne pourra pas venir ici vous entretenir. »
Une philosophie qui a inspiré à Jean Charest les mots de la fin : la culture l'emporte toujours sur la stratégie.
Jean Bélanger

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Jean Bélanger
Entrepreneur passionné et leader d’affaires, Jean Bélanger cumule plus de 35 ans d’expérience chez Premier Tech. Au fil de son parcours — et grâce à sa détermination, à son dynamisme et à sa capacité à déployer de multiples concepts novateurs — il a su guider cette entreprise de Rivière-du-Loup vers une position de leader mondial et de pionnière dans les six secteurs d’affaires suivants : Producteurs et Consommateurs, Eau et Environnement, Systèmes Automatisés, Digital, Sciences de la Vie et Culture Contrôlée.
Rassembleur, accessible et transparent, Jean Bélanger a étroitement contribué à définir l’identité même de Premier Tech, forte d’une solide et pérenne Culture d’entreprise. C’est en s’entourant de gens de talent et en misant sur une puissance collective encourageant l’intrapreneuriat et le désir de dépasser ses ambitions qu’il a su permettre à Premier Tech de se déployer avec constance et cohérence, ne cessant de croître sous l’impulsion de ses équipiers.
De concert avec l’Équipe Leadership dont il s’est entouré, il a su propulser Premier Tech d’une compagnie nord-américaine réalisant 50 millions de chiffre d’affaires en 1989, à l’entreprise internationale qu’elle est aujourd’hui. Avec un chiffre d’affaires dépassant aujourd’hui le milliard de dollars, Premier Tech se déploie grâce à l’engagement de quelque 6 000 équipiers partout dans le monde.
En plus de sa passion pour Premier Tech, Jean Bélanger a à cœur de s’impliquer dans les communautés. Premier Tech est très active dans les domaines de la santé, de l’éducation et du sport dans plusieurs de ses ports d’attache à travers le monde. Il siège présentement au Conseil d’administration de Premier Tech, mais également au sein de divers Conseils consultatifs et conseil d’administration afin de partager avec d’autres entreprises québécoises son expérience et son savoir-faire.
Jean Bélanger détient un Baccalauréat ès Sciences Appliquées en génie industriel de l’École Polytechnique de Montréal.
Cette a conférence a eu lieu le 28 septembre 2026, au Palais des congrès de Montréal.
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