Le Canada forme environ 10 % des meilleurs talents au monde en intelligence artificielle (IA), mais ne capte que 2 % du capital de risque investi dans ce secteur à l’échelle de la planète. Pour Chris Arsenault, associé fondateur d’Inovia Capital, ce déséquilibre illustre une situation bien précise : le pays innove, mais tarde encore à transformer cette expertise en puissance économique.
Devant les membres du Cercle canadien le 11 mai dernier, le dirigeant a lancé un appel à accélérer l’adoption de l’innovation, à soutenir davantage les entreprises technologiques d’ici pour créer de la valeur ici, au Canada.
« Le Canada n’a pas un problème d’offre en IA. Il y a un problème de demande », a-t-il affirmé.
Le constat est préoccupant, estime-t-il. En 2024, les deux tiers des startups canadiennes à fort potentiel étaient établies à l’extérieur du pays¹. Et plus de la moitié du capital de risque investi au Canada provenait des États-Unis².
Résultat : le pays produit des chercheurs, des entrepreneurs et des technologies de pointe, mais une part importante de la valeur créée s’échappe ailleurs.
« On est leaders en recherche, sous-représentés en création de valeur », a résumé Chris Arsenault.
Selon lui, le Canada se trouve maintenant à un « point d’inflexion », alors que les avancées en IA quittent les laboratoires universitaires pour devenir des entreprises capables de transformer des industries entières. Encore faut-il créer les conditions pour qu’elles puissent grandir ici.
Le mot qui revient constamment dans son discours : vélocité. Pour Chris Arsenault, la capacité à décider et à exécuter rapidement est devenue un avantage concurrentiel central. Dans les grands écosystèmes technologiques, dit-il, aller vite n’est même plus un avantage. « C’est la condition de base. »
Le problème, selon lui, est que trop d’organisations canadiennes restent paralysées par l’analyse et la recherche de certitude avant de se lancer. Pendant qu’elles réfléchissent, leurs concurrents avancent. « La lenteur est aujourd’hui un risque plus grand que l’erreur », a-t-il soutenu.
Il compare cette dynamique à une partie de serpents et échelles : pendant qu’une entreprise accumule les analyses et les plans, un concurrent plus agile change déjà les règles du jeu. Résultat : il faut recommencer le processus depuis le début, toujours avec un retard supplémentaire.
Pour illustrer ce contraste, Chris Arsenault cite le modèle américain. Aux États-Unis, les grandes entreprises adoptent rapidement les nouvelles technologies, les gouvernements agissent comme premiers clients et les grands groupes investissent massivement dans les jeunes pousses et les fonds de capital de risque.
« L’innovation est un levier de vitesse, et un avantage concurrentiel, et ils l’ont compris », a-t-il affirmé.
Le parcours personnel du fondateur d’Inovia nourrit directement cette vision. Originaire de Bonaventure, en Gaspésie, Chris Arsenault raconte avoir compris très tôt le potentiel de la technologie en découvrant un ordinateur TRS-80. « La technologie pouvait réécrire les règles dans presque tous les secteurs », a-t-il expliqué.
Cette conviction l’amène à lancer sa première entreprise Internet dans les années 1990, puis à créer Inovia Capital en 2007 avec un premier fonds de 112 millions de dollars canadiens.
Près de vingt ans plus tard, la firme gère plus de 2,5 milliards de dollars américains et possède des bureaux à Montréal, Toronto, Waterloo, Calgary, Londres et Abu Dhabi.
Le dirigeant rappelle aussi à quel point l’écosystème canadien a changé. En 2007, environ 550 millions de dollars étaient investis annuellement dans les entreprises technologiques canadiennes. En 2025, ce montant dépassait 5,8 milliards de dollars américains.
L’an dernier seulement, les entreprises du portefeuille d’Inovia ont levé 1,7 milliard de dollars américains. Parmi elles figurent notamment Cohere, et Wealthsimple.
Pour accélérer le développement de l’IA au Canada, Inovia multiplie les initiatives. Chris Arsenault a notamment parlé du partenariat avec Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle, pour lever le Venture Scientist Fund, de l’ordre de 100 millions de dollars. L’objectif : aider les chercheurs à transformer leurs travaux en entreprises technologiques établies ici plutôt qu’aux États-Unis.
Inovia a aussi constitué une équipe d’experts spécialisée en IA composée d’anciens de Google DeepMind, d’Anthropic, d’OpenAI et de certaines entreprises en portefeuille dont Cohere. Leur rôle : accélérer l’intégration de l’IA dans les entreprises du portefeuille.
Le dirigeant estime toutefois que le véritable défi dépasse largement le financement. Le Canada doit créer davantage de demandes locales pour ses technologies. « Convaincre nos gouvernements et nos grandes entreprises d’adopter l’innovation et l’IA comme stratégie » demeure essentiel, a-t-il insisté.
Selon lui, les jeunes entreprises canadiennes peinent encore à trouver leurs premiers grands clients au pays. “Trop souvent, ces clients se trouvent aux États-Unis.”
En conclusion, Chris Arsenault a replacé l’innovation dans un contexte géopolitique plus large. Les États-Unis investissent massivement dans leurs champions technologiques. La Chine poursuit depuis plus de dix ans une stratégie assumée de souveraineté technologique. L’Europe cherche maintenant à renforcer ses partenariats stratégiques.
Dans ce contexte, le Canada ne peut plus rester neutre, croit-il. « Ne pas investir dans nos propres champions canadiens, c’est choisir de dépendre de ceux des autres. »
Le dirigeant voit donc l’innovation comme un enjeu de souveraineté économique autant que de croissance. L’objectif, dit-il, est de bâtir des entreprises qui créent des emplois ici, développent leur propriété intellectuelle ici et paient leurs impôts ici — tout en rayonnant à l’international.
« Le Canada a tous les ingrédients : le talent, la recherche en IA, la responsabilité, la diversité et de grandes institutions. Ce qu’il faut, c’est un mindset de vélocité », a conclu Chris Arsenault.
Chris Arsenault
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Chris Arsenault
Chris Arsenault est une force motrice dans l’écosystème technologique canadien en pleine croissance, avec plus de 25 ans d’expérience dans les domaines de la gestion et de l’investissement. Il a joué un rôle essentiel dans le soutien de nombreuses entreprises prospères et possède une feuille de route remarquable pour ce qui est d’identifier les individus et les entreprises à fort potentiel, de maximiser la valeur des transactions et de guider les équipes de gestion dans leur croissance et leurs sorties fructueuses.
Chris a cofondé Inovia Capital en 2007, dont il a façonné la culture et la vision. Son instinct entrepreneurial a conduit à la création de la plateforme Inovia et des fonds de croissance de la firme, propulsant ainsi son succès.
Avec un engagement inébranlable envers le paysage technologique canadien, Chris a joué un rôle déterminant dans le soutien d’entreprises mondiales telles que AppDirect, Lightspeed Commerce, Luxury Retreats, Poka et Super.com.
Actuellement membre des conseils d’administration d’AppDirect, de Super.com et de Talent.com, Chris fournit des conseils précieux et une vision stratégique. Son leadership a contribué à des sorties notables, y compris l’introduction en bourse de Lightspeed Commerce et Sonder, ainsi qu’aux acquisitions de Luxury Retreats (Airbnb), Well.ca (McKesson), Poka (IFS), Return Magic (Shopify), Smooch (Zendesk), Localmind (Airbnb), Reflex Photonics (Smiths Interconnect), Routehappy (ATPCo), Airborne Entertainment (Cybird) et SIT (Ubizen), générant une valeur substantielle pour les actionnaires.
Chris est également activement impliqué dans des initiatives communautaires et est membre du conseil d’administration de la Fondation de l’Institut de cardiologie de Montréal, du cabinet de campagne de la Fondation CHU Sainte-Justine et du Groupe Dynamite.
En tant que fier membre du C100, une organisation réputée de Silicon Valley, Chris continue de favoriser la collaboration et l’innovation au-delà des frontières.
Grâce à sa riche expérience, à son esprit entrepreneurial et à ses relations solides au sein de l’industrie, Chris Arsenault a établi sa position en tant que pilier dans le paysage technologique canadien. Son engagement à identifier les entreprises à fort potentiel, à maximiser leur valeur et à soutenir leur croissance a eu un impact durable sur l’écosystème.
Biographie 2026
Cette a conférence a eu lieu le 11 mai 2026, au Fairmont Le Reine Elizabeth de Montréal.
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