Après plusieurs années de croissance alimentée par les acquisitions, Lightspeed est engagée dans un important chantier de recentrage stratégique. De retour à la tête de l’organisation depuis 2024, son fondateur, Dax Dasilva, mise désormais sur la croissance rentable, une plus grande discipline opérationnelle et l'intelligence artificielle (IA) pour préparer la prochaine phase de développement de l'entreprise, spécialisée dans les systèmes de point de vente infonuagique.
Invité du Cercle canadien de Montréal le 8 juin dernier, il a détaillé cette vision lors d'un entretien animé par Manon Brouillette, présidente-directrice du conseil d'administration de Lightspeed et présidente du conseil d'administration d'Hydro-Québec.
Deux ans après son retour, l'entreprise montréalaise a franchi une étape importante en générant près de 20 millions de dollars en flux de trésorerie disponible ajusté, une première dans son histoire. Pour Dax Dasilva, ce résultat témoigne des progrès réalisés depuis le lancement de la transformation. Il va même jusqu'à qualifier la période actuelle de « plus stimulante » des 21 années d'existence de Lightspeed.
« Il devenait essentiel de bâtir une entreprise durable, capable de créer de la valeur à long terme », a-t-il expliqué.
La première étape a consisté à revoir en profondeur le portefeuille d’activités de l’entreprise afin d’identifier les secteurs où elle possédait un avantage concurrentiel durable. Cet exercice a mené à la définition de deux principaux moteurs de croissance : les solutions destinées aux détaillants spécialisés en Amérique du Nord et celles destinées au secteur de la restauration en Europe.
L’un des changements les plus marquants de cette transformation concerne la stratégie internationale de Lightspeed. Pendant plusieurs années, l’entreprise a tenté d’adapter certains produits à l’ensemble des marchés mondiaux. Cette approche a été remise en question. « Nous avons cessé de considérer certains produits comme des projets de prestige que nous voulions imposer partout dans le monde », a affirmé Dax Dasilva.
Le dirigeant a notamment cité l’exemple de la plateforme destinée aux restaurateurs européens, issue d’acquisitions réalisées en Belgique, en Allemagne et en Suisse. Conçue pour répondre aux réalités du marché européen, cette solution n’était pas nécessairement adaptée au contexte américain.
Selon lui, vouloir uniformiser les produits à l’échelle mondiale risquait de diluer les investissements et de ralentir l’innovation. L’entreprise privilégie désormais une approche plus ciblée, fondée sur les secteurs où elle possède déjà un avantage naturel.
« Nous avons choisi de nous concentrer sur les marchés où nous avons toutes les chances de réussir », a résumé le fondateur.
L’intelligence artificielle a occupé une place importante dans la discussion. Si Dax Dasilva se montre enthousiaste quant à son potentiel, il a toutefois mis en garde les organisations qui s’attendent à des gains automatiques de productivité.
« Beaucoup de dirigeants pensent que le simple fait de fournir des outils d’IA à leurs employés entraînera automatiquement des gains de productivité. Ce n’est pas le cas », a-t-il soutenu.
Selon lui, l’IA exige d’abord une remise en question des processus internes et des méthodes de travail. Les entreprises doivent revoir leurs rôles, leurs responsabilités et leurs façons d’opérer avant de pouvoir bénéficier pleinement de ces nouvelles technologies.
Lightspeed applique cette logique à l’interne. L’entreprise utilise déjà l’IA pour améliorer certaines fonctions liées aux ventes, au développement logiciel et aux opérations. Elle travaille également à intégrer des agents numériques dans ses solutions destinées aux commerçants et aux restaurateurs.
« Nous envisageons un avenir où les entreprises disposeront à la fois d'employés humains et d'employés numériques. Ces agents pourront effectuer certaines tâches administratives ou analytiques et permettre aux employés de se concentrer davantage sur le service, la création de valeur et la relation avec les clients. »
Malgré l'ampleur des changements, Dax Dasilva affirme que l'engagement des employés a progressé au cours de la transformation. « C'est probablement l'élément dont je suis le plus fier », a-t-il déclaré.
Tous les trois mois, Lightspeed mesure le niveau d'engagement de ses employés à l'aide d'un sondage interne. Alors que ce type d'indicateur a souvent tendance à reculer lors de réorganisations majeures, l'entreprise a observé le phénomène inverse. Selon le dirigeant, cette progression s'explique en grande partie par l'importance accordée à la communication et à la transparence tout au long du processus.
Il a notamment multiplié les séances ouvertes de questions-réponses avec les employés dans les différents bureaux de l'entreprise. Les discussions portaient aussi bien sur le cours de l'action, les restructurations, l'intelligence artificielle que sur les objectifs de la transformation. « Les gens pouvaient poser les questions difficiles », a-t-il souligné.
Selon Dax Dasilva, les équipes ont également commencé à constater rapidement les résultats des différentes initiatives mises en place. Au-delà des gains financiers, ces projets ont permis de développer de nouveaux réflexes de collaboration entre les départements et de renforcer la capacité de l'organisation à exécuter des projets complexes à grande échelle.
Pour l’entrepreneur, cette mobilisation constitue un élément essentiel de la prochaine phase de développement de Lightspeed, alors que l'entreprise poursuit l'intégration de l'IA dans ses opérations et ses produits.
« Les équipes abordent cette nouvelle étape avec beaucoup plus d’enthousiasme. Le travail demeure exigeant, mais nous sommes devenus plus forts collectivement », s’est-il réjoui.
Pour Dax Dasilva, la transformation de Lightspeed repose également sur une gouvernance adaptée aux défis actuels de l'entreprise. Détenant toujours environ 11 % des actions de la société, le dirigeant estime que ses intérêts sont étroitement alignés sur ceux des autres actionnaires.
« Nous voulons tous la même chose : bâtir une entreprise de qualité et créer de la valeur durable », a-t-il affirmé.
Il a également souligné l'importance de la relation étroite qu'il entretient avec Manon Brouillette. Dans un contexte où l'entreprise compte plus de 3 000 employés répartis à travers le monde et doit prendre rapidement des décisions stratégiques, la collaboration entre la direction et le conseil d'administration constitue, selon lui, un facteur clé de succès.
Dax Dasilva estime d'ailleurs que Lightspeed dispose aujourd'hui d'un conseil d'administration particulièrement bien adapté à la phase que traverse l'organisation. « Nous avons constitué un conseil pour ce moment précis », a-t-il expliqué. Selon lui, les administrateurs ont été choisis pour leur capacité à participer aux discussions difficiles, à remettre en question certaines hypothèses et à accompagner l'entreprise dans des décisions parfois exigeantes.
Dax Dasilva voit cette période comme un retour aux fondements qui ont permis à Lightspeed de se développer à ses débuts. « J’ai le sentiment que nous revenons à l’essentiel. Nous recommençons à construire pour le long terme », a-t-il affirmé.
Il estime que l’entreprise dispose aujourd’hui d’atouts solides dans ses principaux marchés et se dit convaincu que la combinaison d’une meilleure discipline financière, d’une stratégie plus ciblée et de l’intelligence artificielle permettra à Lightspeed de poursuivre sa croissance.
« Aujourd’hui, nous poursuivons un objectif très précis : construire une entreprise capable de générer environ 100 millions de dollars de flux de trésorerie disponible. C’est ce qui permettra de démontrer pleinement la qualité du modèle d’affaires que nous sommes en train de développer. »
« Mon ambition est de bâtir une entreprise solide, durable et créatrice de valeur pour les vingt prochaines années et au-delà », a-t-il conclu.
Dax Dasilva

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Dax Dasilva
Dax Dasilva est l’esprit créatif derrière Lightspeed Commerce. Fondée en 2005, Lightspeed est la plateforme intégrée de point de vente et de paiement qui permet aux entrepreneurs ambitieux d’accélérer leur croissance, d’offrir la meilleure expérience client et de devenir une destination incontournable dans leur secteur. Lightspeed propulse les meilleures entreprises au monde dans plus de 100 pays à l’échelle internationale.
M. Dasilva a été renommé dans ses fonctions de chef de la direction le 15 février 2024. Auparavant, il a occupé le rôle de président-directeur du conseil d’administration de Lightspeed pendant deux ans, et a précédemment dirigé les opérations de l’entreprise en tant que chef de la direction depuis sa fondation en 2005.
Lightspeed emploie plus de 3000 personnes dans le monde et gère des centaines de milliers d’emplacements clients à l’échelle internationale. Sous le leadership de M. Dasilva en tant que chef de la direction, l’entreprise est devenue publique en mars 2019 à la Bourse de Toronto sous le symbole LSPD, figurant ainsi parmi les 10 principaux PAPE en technologie au Canada. En septembre 2020, l’entreprise s’est inscrite à la Bourse de New York. Lightspeed a également entrepris neuf acquisitions sur une période de quatre ans afin de consolider le marché mondial et de lancer deux produits phares, les meilleurs de leur catégorie: Lightspeed détaillants et Lightspeed restaurateurs.
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