Peu d’entreprises canadiennes peuvent se targuer d’avoir traversé cinq décennies de bouleversements technologiques tout en poursuivant leur croissance à l’échelle mondiale. Alors que CGI célèbre son 50e anniversaire de fondation, sa présidente exécutive du conseil d’administration, Julie Godin, affirme que les principes qui ont guidé l’entreprise depuis ses débuts — proximité avec les clients, discipline d’exécution et vision à long terme — demeurent plus pertinents que jamais.
Invitée du Cercle canadien de Montréal le 15 juin, elle a livré sa lecture des grandes transformations qui redessinent actuellement le paysage technologique et économique dans le cadre d’un entretien avec Jacinthe Côté, administratrice indépendante au conseil de CGI.
Aujourd’hui, la firme compte environ 85 000 professionnels répartis dans une quarantaine de pays et accompagne quelque 5 500 clients dans plus d’une douzaine de secteurs d’activité.
L’entreprise génère près de 16 milliards de dollars canadiens de revenus annuels, dont environ 45 % proviennent de l’Amérique du Nord et 55 % de l’Europe. Le Canada représente à lui seul près de 10 % du chiffre d’affaires, tandis que le Québec en constitue environ 5 %. Pour Julie Godin, cette croissance repose moins sur la technologie elle-même que sur la capacité de l’organisation à bâtir des relations durables avec ses clients et à exécuter ses mandats avec rigueur.
« Grâce à cette discipline d’exécution, 94 % de nos projets sont livrés à temps et à l’intérieur des budgets prévus », a-t-elle souligné.
Interrogée sur la capacité de CGI à traverser les nombreux cycles économiques des cinq dernières décennies, Julie Godin a mis en avant trois éléments qui constituent, selon elle, les piliers de l’entreprise : un modèle décentralisé, une offre de services diversifiée et cette discipline opérationnelle rigoureuse déjà mentionnée.
Contrairement à plusieurs grands groupes technologiques, CGI est organisée autour des marchés locaux et des secteurs d’activité plutôt qu’autour des technologies. Les équipes sont ainsi implantées près des clients et des centres de décision afin de développer une connaissance approfondie des industries qu’elles desservent.
« Un CIO [chef des technologies de l’information] ne gère pas une ou deux technologies dans sa carrière; il doit composer avec tout un écosystème. Pour être pertinents, nous devons d’abord comprendre son industrie, ses enjeux et la complexité de son environnement », a expliqué Julie Godin.
Cette proximité permet aux équipes de développer des relations à long terme avec les organisations qu’elles accompagnent et de mieux comprendre les défis auxquels elles sont confrontées. Elle constitue également un avantage lorsque les entreprises traversent des périodes d’incertitude.
Julie Godin a rappelé que CGI a dû composer avec plusieurs crises majeures au cours de son histoire, notamment l’éclatement de la bulle technologique, la crise financière de 2008 et la pandémie de COVID-19. Selon elle, le fait de s’appuyer sur des principes de gestion clairs et constants a permis à l’entreprise de maintenir le cap malgré les turbulences.
« Quand l’incertitude augmente, nous revenons toujours à nos fondamentaux. Cela nous permet d’agir dans l’urgence, mais pas la panique. »
La discussion a également permis de mesurer à quel point CGI est intégrée aux activités de nombreuses organisations.
Une part importante des revenus de l’entreprise provient de services gérés à long terme, ce qui place ses équipes au cœur même des opérations de ses clients. Qu’il s’agisse de systèmes de paiement, de plateformes gouvernementales ou d’infrastructures énergétiques, les technologies développées ou exploitées par CGI soutiennent quotidiennement des activités essentielles.
Cette proximité procure un avantage stratégique important, estime Julie Godin. En travaillant directement dans les environnements opérationnels de ses clients, les équipes acquièrent une connaissance approfondie de leurs enjeux et sont en mesure de proposer des solutions adaptées à leurs besoins réels.
« On ne fait pas de l’innovation juste pour innover. L’innovation doit répondre à un besoin concret et créer de la valeur à grande échelle », a-t-elle affirmé.
L’un des thèmes qui a suscité le plus d’intérêt lors de la rencontre concerne la souveraineté des données.
Julie Godin observe que les gouvernements et plusieurs grandes organisations accordent désormais une attention accrue à l’emplacement de leurs données, aux personnes qui peuvent y accéder et aux juridictions auxquelles elles sont soumises.
« La souveraineté des données est devenue un enjeu stratégique pour les gouvernements partout dans le monde », a-t-elle soutenu.
Selon elle, les récentes tensions géopolitiques ont accéléré cette réflexion. Plusieurs administrations publiques réévaluent actuellement leurs infrastructures technologiques afin de réduire certaines dépendances et de mieux contrôler leurs actifs numériques.
CGI développe ainsi différentes solutions permettant aux organisations de conserver davantage de contrôle sur leurs données, notamment dans les domaines de l’infonuagique et de l’intelligence artificielle.
Au-delà des avancées technologiques, Julie Godin estime que le principal défi des prochaines années sera organisationnel. Si l’IA ouvre la porte à d’importants gains de productivité, elle exige également que les entreprises revoient leurs processus, leurs responsabilités et leurs façons de travailler. Selon elle, les retombées les plus significatives ne viendront pas uniquement des outils eux-mêmes, mais de la capacité des organisations à adapter leurs modes de fonctionnement.
Elle compare souvent l’environnement technologique des entreprises à un immense casse-tête dont de nouvelles pièces s’ajoutent constamment. Dans ce contexte, l’IA peut aider à simplifier certaines tâches, à réduire les coûts et à mieux gérer la complexité croissante des environnements numériques.
La dirigeante distingue d’ailleurs plusieurs catégories de retombées possibles. Certaines concernent directement les gains d’efficacité. D’autres touchent la modernisation des systèmes existants ou l’émergence de nouveaux modèles d’affaires qui restent encore difficiles à imaginer aujourd’hui.
Mais au-delà de la technologie elle-même, elle estime que le véritable défi consiste à accompagner les organisations dans leurs choix stratégiques. « La courbe d’apprentissage est de plus en plus rapide », a-t-elle rappelé.
Julie Godin estime également que les organisations doivent commencer dès maintenant à se préparer aux prochaines vagues technologiques, notamment l’informatique quantique. Même si les applications demeurent encore limitées, CGI investit déjà dans le développement de cette expertise et dans la création d’un écosystème de partenaires afin de mieux comprendre les occasions qu’elle pourrait offrir. Cette préparation s’accompagne d’une réflexion sur la cybersécurité et la gestion des risques, deux enjeux appelés à prendre encore plus d’importance au cours des prochaines années.
L’un des moments les plus personnels de l’entretien a porté sur la transition entre elle et son père, Serge Godin, fondateur de CGI.
Julie Godin a expliqué que cette relève ne s’est pas faite du jour au lendemain. Pendant près de 15 ans, elle a progressivement assumé différentes responsabilités au sein de l’entreprise afin d’en comprendre les rouages, la culture et les mécanismes de décision.
Cette approche graduelle lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie de l’organisation avant de prendre davantage de responsabilités stratégiques. Elle y voit aujourd’hui l’une des raisons du succès de cette transition.
Au moment de conclure l’entretien, Julie Godin est revenue sur ce qu’elle considère comme l’un des traits distinctifs de CGI depuis ses débuts : sa culture d’actionnaire-propriétaire.
Elle a rappelé que 88 % des associés de l’entreprise détiennent des actions de CGI et qu’ensemble, ils contrôlent environ 8 % du capital de la société, ce qui en fait le deuxième groupe d’actionnaires en importance après les grands investisseurs institutionnels.
Cette culture d’actionnaire-propriétaire favorise un fort sentiment d’engagement et encourage les employés à adopter une perspective de long terme, tant dans leurs décisions que dans leurs relations avec les clients.
Pour la dirigeante, cette capacité à aligner les intérêts des employés, des clients et des actionnaires constitue l’un des principaux moteurs de la croissance de CGI depuis sa fondation. Un équilibre qu’elle juge essentiel pour permettre à l’entreprise de poursuivre son développement dans un environnement technologique en constante évolution.
« Si des entreprises centenaires existent dans d’autres secteurs, pourquoi CGI ne pourrait-elle pas encore être là dans 100 ou 150 ans ? », a-t-elle lancé, convaincue que les clés de son succès d’hier seront aussi celles de sa réussite de demain.
Julie Godin

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Julie Godin
Julie Godin est présidente exécutive du conseil d’administration de CGI. Aujourd’hui, CGI est l’une des plus grandes entreprises indépendantes de services de conseil en TI et en management, qui exerce ses activités dans plus de 400 marchés métropolitains établis dans 40 pays dans le monde entier. CGI collabore avec plus de 5 500 clients à l’échelle mondiale pour les aider à réaliser la transformation numérique de leur organisation grâce à un portefeuille complet de compétences : des services de conseil en management et en stratégie TI, des services d’intégration de systèmes, des services en TI et en gestion des processus d’affaires en mode délégué ainsi que des solutions de propriété intellectuelle.
Dans le cadre de son mandat, Mme Godin guide et collabore avec le conseil et l’équipe de direction pour définir l’orientation stratégique de l’entreprise, y compris l’élaboration et l’exécution du plan stratégique, établi sur un horizon de trois ans. Elle se concentre sur l’atteinte de résultats pour les trois parties prenantes de CGI – les clients, les associés de CGI et les actionnaires – et le maintien d’un juste équilibre entre les intérêts de ces derniers afin d’assurer leur succès à long terme.
Mme Godin s’est jointe à CGI en 2009. Avant sa nomination à titre de présidente exécutive, elle a progressivement assumé la responsabilité d’une large gamme de fonctions d’entreprise qui guident l’orientation stratégique à long terme de CGI ainsi que sa stratégie de croissance rentable, interne et par acquisition. Ces fonctions mondiales critiques englobent les ressources humaines, dont la conception des programmes de rémunération de la direction, la planification stratégique, les fusions et acquisitions, les services de conseil en management, la direction informatique, le marketing et les communications, la sécurité, l’approvisionnement ainsi que les services partagés mondiaux.
Détentrice d’un baccalauréat en kinésiologie de l’Université de Sherbrooke, Mme Godin a commencé sa carrière dans le domaine de la santé en entreprise. En 2004, elle a fondé Oxygène, une entreprise vouée à la gestion de programmes complets de santé et de mieux-être en milieu de travail. En tant que chef de la direction, Mme Godin assurait la planification stratégique et la croissance de l’entreprise, en plus d’encadrer toutes les opérations et de travailler en étroite collaboration avec les clients majeurs. Oxygène a été fusionnée aux activités de CGI afin d’offrir aux associés de CGI partout dans le monde une gamme complète de services en matière de santé et de mieux-être.
De 2017 à 2021, Mme Godin a siégé au conseil d’administration du Canadien National, un chef de file du secteur du transport en Amérique du Nord. En 2000, elle a cofondé la Fondation Famille Godin, qui a pour mission de réduire la pauvreté, de favoriser l’éducation et d’améliorer la santé d’enfants et d’adolescents issus de milieux défavorisés. Depuis sa création, la Fondation a fourni une assistance à plus de 400 écoles, hôpitaux et organisations pour la jeunesse. Elle est aussi activement impliquée dans de nombreux organismes caritatifs, notamment en tant que marraine de campagnes de financement au profit de communautés à l’échelle du Canada.
Biographie 2025
Cette a conférence a eu lieu le 15 juin 2026, au Palais des congrès de Montréal.
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